Pourquoi la vie des stars nous fascine-t-elle ?

Par Caroline Frnc Desages

La grossesse de Charlotte de Monaco, la naissance du prince Georges, les égarements de François Hollande… La vie et les frasques des people font l’objet d’un intérêt qui ne se dément pas. Comment expliquer cet engouement?

Pourquoi la vie des stars nous fascine-t-elle?

La star, une espèce fascinante (photo d’illustration).
Getty Images/iStockphoto

« Un plaisir coupable ». C’est ainsi que Marie, 40 ans, qualifie l’achat « un peu sous le manteau » et uniquement lorsqu’elle prend le train ou l’avion de magazines people. « Je n’assume pas vraiment cette lecture, une prof qui se passionne pour la nouvelle coupe de cheveux de Vanessa Paradis ça n’est pas glorieux, mais la vérité c’est que ça me détend », explique-t-elle en rougissant un peu. Qu’elle se rassure, Marie n’est pas la seule à feuilleter en douce les tabloids au rayon presse du supermarché de quartier ou à s’accorder quelques minutes de pause sur les sites d’actualité regorgeant de potins. Cet intérêt, qui transcende les catégories socio-professionnelles, a récemment explosé au grand jour avec la révélation des expéditions nocturnes de François Hollande: Closer, le magazine par qui tout est arrivé a vu ses ventes plus que doubler à la suite du scoop. Globalement, les ventes des 32 titres qui se sont emparés de l’information ont bondi de 11% à 134% selon le distributeur de presse Prestalis. 

Comment expliquer cet engouement pour la vie des stars? Pourquoi éprouvons nous autant de curiosité pour la tenue portée par Angelina Jolie aux Oscars, la présence ou non de Julie Gayet aux Césars ou la grossesse de Kate Middleton? Tentatives d’explication. 

Parce que « ça fait rêver »

C’est la réponse la plus spontanée de tous ceux ou celles qui avouent une certaine fascination pour les célébrités. « Voir des actrices s’ébrouer dans des eaux turquoises et translucides en février alors que la couleur dominante chez nous est immanquablement le gris, ça devrait m’agacer et d’ailleurs ça m’agace un peu, mais ça me fait également penser que c’est possible, qu’il y a un ailleurs », confie Sandra, 32 ans. « Même chose pour les maisons dingues de la Côte d’Azur ou les tenues à 10 000 euros portées par certaines sur le red-carpet, j’assimile un peu ça aux dessins animés Disney de mon enfance, qui me permettaient de m’évader », ajoute-t-elle. 

Une évasion qui n’a rien de problématique pour la psychologue Emmanuelle Lacroix, du moment que l’on reste dans une certaine mesure: « Tout ce qui permet d’échapper un peu à la grisaille est plutôt bon à prendre. En revanche, si l’on est dans une fuite de sa propre réalité, que l’on s’échappe totalement au point de s’oublier, là cela devient problématique ». Un intéret démesuré et disproportionné pour les célébrités pourrait ainsi révéler une difficulté à affronter sa vie et nécessiter de se pencher un peu sur la question. 

Parce que le malheur des autres nous rassure

Il y a un terme allemand qui décrit précisément ce ressenti difficilement avouable que l’on peut éprouver à la lecture des déboires sentimentaux de ceux que l’on admire: la « Schadenfreude », autrement dit, le plaisir que l’on retire à contempler le malheur des autres. Valérie Trierweiler trompée nous a émues et touchées, bien sûr, mais, reconnaît Manon, 27 ans, « il y avait quelque chose d’un peu jouissif de constater que ça n’arrive pas qu’aux anonymes comme moi. » 

Cela dit, tempère Emmanuelle Lacroix, « les paillettes et les stars font encore une fois tellement rêver que l’on se rassure davantage devant les échecs et déconvenues de nos proches que des people. On a souvent tendance à occulter justement leur éventuelle souffrance, qui nous paraît impossible et incompatible avec leur statut à part ». Il n’empêche qu’apprendre que Kim Kardashian a mis six mois avant d’oser sortir de chez elle après son accouchement nous procure une -coupable- satisfaction. 

Parce qu’on a besoin de s’identifier

Dans son ouvrage The Political Mind, le linguiste George Lakoff estime que les stars « se substituent aux dieux et aux héros de légende » et répondent à notre besoin de narration et d’ascension sociale. Comme si les destins exceptionnels de certaines célébrités correspondaient à certains scénarios ancestraux, tel celui du fils prodigue, répété à l’envie par les people tombant dans la drogue ou la violence pour renaître de leurs cendres quelques mois plus tard. 

Pour exemple, le parcours de Joey Starr, passé du statut de mauvais garçon à celui d’acteur respectable – en dépit d’une récente rechute dans un avion– ou, dans un style totalement différent, la chanteuse Zaz, passée du métro aux Victoires de la musique. Quant à Vanessa Paradis, outre sa coupe de cheveux décriée, elle nous touche par sa réussite et son talent mais c’est sa rencontre avec la star ultime, Johnny Depp, qui l’a fait accéder au rang d’icône. Aujourd’hui, sa « répudiation » pour une plus jeune a tout de la tragédie, procédé narratif dont le succès ne se dément pas depuis la nuit des temps… 

Les stars, des modèles auxquels nous nous identifions pour tracer notre propre route, en somme, que ce soit par adhésion ou opposition. Attention cependant, prévient Emmanuelle Lacroix: « Lorsqu’une personne ne vit plus qu’à travers son idole, s’habille comme elle, appelle ses enfants du prénom de la star, veut manger comme elle, préfère son idole à sa propre famille, etc, en somme quand elle a perdu sa liberté, on peut presque parler d’addiction« . Et de tempérer néanmoins: « Lorsque le sujet reste libre et qu’il ne s’agit finalement que de se trouver une source d’inspiration, rien d’inquiétant ».

De quoi nous déculpabiliser définitivement de nos lectures de plage. 

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